Hiérarchie et dominance inter et intraspécifique, mythe ou réalité ?


Beaucoup de professionnels du chien sont en désaccord sur ce point. Notament en ce qui concerne le concept de hiérarchie et de dominance interspécifique.

Mais la dominance, la hiérarchie, c'est quoi ? Coeur de chien va tout vous expliquer !


La dominance est définie comme étant une relation dyadique (entre deux individus) ou plusieurs individus, basée sur l'établissement d'un rapport de force et la soumission afin de déterminer qui a la priorité d’accès aux multiples ressources tels que la nourriture, le meilleur lieu de couchage, un être d'attachement, des copains... la liste est non exhaustive.

La hiérarchie étant définie comme une organisation sociale qui fait que chaque individu est subordonné à un autre.


Les bases sont à présent posées ! Passons à la dominance et hiérarchie intraspécifique. Ces concepts existent-ils ? OUI !

Mais, car il y a un mais ; les notions de hiérarchie et de dominance intraspécifique sont bien différentes de celles que l'on a dans la croyance populaire. On a théorisé il y a de nombreuses années, l'organisation sociale des meutes de chien selon ce que l'on avait observé chez les meutes de loups ; il a en plus été démontré par la suite que le concept de meutes de loups gouvernés par les dominants alphas était erroné. Qu'il s'agissait en réalité de familles constituées en général des portées des deux années précédentes, et non pas de meutes comptant un rassemblement d'individus de tous horizons. Soit des parents avec leurs enfants. Il existe par ailleurs des situations où des meutes se rassemblent pour travailler ensemble, parce-que cela leur est profitable (traque de grosses proies, question de survie etc). Ce qui rend par là même caduque la notion des loups alphas et des luttes pour des prises de pouvoir que l'on a imaginé avec. Les enfants ne détrônent pas leurs parents dans l'optique de faire des mariages consanguins.

Mais revenons en aux chiens. Il faut savoir que si chien et loup peuvent se reproduire ensemble, la différenciation (d'un point de vue génétique) entre les deux s'est faite il y a plus de 100 000 ans (merci la paléogénétique). Donc plus de 100 000 ans à vivre dans des biotopes différents ; naturel chez le loup, anthropogénique chez le chien, plus de 100 000 ans à construire leurs organisations sociales, leurs codes... Non, les codes des chiens sont différents de ceux du loup !

Des scientifiques et des éthologues ont fait comme expérience, de mettre des chiens en conditions similaires à celles dans lesquels vivent les loups à l'état sauvage... Ils ne forment pas de meute. Ils se regroupent parfois pour des raisons de survie, mais sont absolument incapables de chasser tant leur technique est mauvaise.

Pour imager afin de faciliter la compréhension par exemple : le latin et le français sont des langues qui toutes deux contiennent une base qui leur est propre et dont la culture a différé à travers le temps... Ca ne veut pas dire pour autant qu'il n'y a aucune différence entre le mode de vie des français et celui des latins, qu'un français est capable de parler latin et vice versa. Des origines similaires, c'est tout.


Pour en revenir à la hiérarchie et la dominance intraspécifique chez le chien (ces deux concepts allant de pair), il faut savoir que la dominance (et donc la hiérarchie) est fluctuante, mouvante, non pérenne dans le temps, situationnelle, dépend de l’enjeu du moment, des individus (congénères, humains ou autres) et de l’environnement dans lesquels l'animal évolue.

Ce qui signifie :

-dans l'absolu, s'il n'a pas un congénère à dominer, un chien n'est pas dominant

-la dominance s'exprime exclusivement par rapport à une ressource

-il n'y a pas de gène codant pour la dominance

-aucun gène ne code pour la dominance, donc aucune race n'est plus dominante qu'une autre.

-la dominance chez le chien étant fluctuante, un chien n'est jamais dominant en permanence.


Un chien dominant n'est pas un chien agressif contrairement encore une fois à la croyance populaire. En effet, les échanges chez les chiens sont très ritualisés. Un animal dominant vis à vis d'un autre à un instant T dans une situation précise se fait parfaitement respecter dans avoir besoin d'avoir recours à la violence.




Au tour de la dominance interspécifique à présent. NON la dominance interspécifique n'existe pas. Cette croyance vient encore une fois du modèle social que l'on a attribué à tort au loup (comme je l'ai expliqué plus tôt). Les chiens n'ont déjà pas entre eux d'organisation sociale stable, les codes et signaux canins et humains sont différents (même si nous sommes capables de décrypter mutuellement un certain nombre d'entre eux), pourquoi l'inventer spécifiquement pour la relation homme/chien ?

Chez les animaux sauvages, qu'il s'agisse de carnivore ou d'herbivores, on observe des structures sociales tournant autour de la hiérarchie, car il s'agit d'une question de survie. Ceci est le rôle même de la hiérarchie, pour les prédateurs comme les proies.

Les animaux partageant une même niche écologique vivent selon les relations trophiques suivantes :

-prédation

-parasitisme

-symbiose

-compétition

-mutualisme

-commensalisme


Les zèbres, les buffles, les gnous, piqueboeufs etc partagent certaines ressources similaires, pourtant aucune de ces espèces n'essaie de dominer l'autre. Elles vivent ensemble, la présence de l'un pouvant être avantageuse pour l'autre et réciproquement, notamment à cause de la prédation, du parasitisme. Au vu de l'abondance générale des ressources, la compétition entre certaines de ces espèces est en générale infime.

Concernant le chien et l'homme, c'est la même chose. Nous partageons un espace et des activités communes. Que pensez-vous que nous partagions comme relation trophique ?

Je vais me permettre de rappeler les définitions de chaque relation trophique :


La prédation : une relation dans laquelle une espèce en consomme une autre.

Le parasitisme : une relation où une espèce profite d'une autre espèce en lui étant nuisible.

La compétition : une relation entre des espèces qui ont besoin des mêmes ressources (nourriture, eau, territoire, etc.). L'une des espèces, généralement celle qui est la plus adaptée, tirera profit des ressources disponibles dans le milieu au détriment de la croissance ou la survie de l'autre.

La symbiose : une relation où la survie de deux espèces dépend de leur association.

Le mutualisme : une relation de coopération, où deux espèces retirent un avantage qui peut être lié à la protection, au déplacement ou à l'alimentation. Par contre, cette relation n'est pas essentielle à la survie des deux espèces.

Le commensalisme : une relation entre deux espèces, mais pour laquelle une seule d’entre elles retire des bénéfices. L’autre espèce ne subit toutefois aucun dommage et n'en retire aucun avantage.


La relation relation homme chien est bien du mutualisme, ou encore du commensalisme selon la perception de chacun. En tentant de créer une hiérarchie fictive et contre-nature, on pousse nos compagnons à 4 pattes à manifester des comportements indésirables, à cause de la non préservation de l'intégrité et des besoin nécessaires à son espèce, puis réciproquement. Ensuite, c'est le serpent qui se mord la queue et il devient difficile de s'en sortir !

Alors oui il y a des règles à respecter, du côté de chaque espèce pour une relation mutuelle réussie... et cela, les animaux sauvages l'ont comprit ;)


C'est donc aussi cela mon rôle. Apprendre à votre chien et vous à comprendre et respecter mutuellement les besoins de l'autre.



Sources :


*Formation du 22 au 25 février 2015 Lyon - SNPCC : Formation COMPORTEMENT en 2 parties animée par le Professeur Bertrand L. DEPUTTE

*American Veterinary Society of Animal Behavior : http://avsabonline.org/

*Yin S. Dominance vs leadership in dog training

*" Comportement et éducation du chien ", 2010, sous la direction de Thierry Bedossa et Bertrand L. Deputte, Editions educagri

*" le chien agressif ", 2005 Joël Dehasse

*" Tout sur la psychologie du chien, 2009 Joël Dehasse


#hiérarchie #dominance

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